Accueil Date de création : 17/08/08 Dernière mise à jour : 08/01/09 19:24 / 6 articles publiés
 
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Chapitre II  posté le jeudi 08 janvier 2009 19:24

 

Il n’avait jamais osé aller au-delà de la barrière de bois blanchâtre qui la séparait de lui. Les interdits avaient mué son obéissance en une peur superstitieuse. Ses fenêtres noires et poussiéreuses hantaient ses cauchemars. Et chaque fois qu’il se réveillait en sueur, seul dans sa grande chambre, il se jurait d’y retourner pour l’affronter…

 

 

Une intense odeur de javel remontait de la salle d’autopsie. Andrew s’avançait, les mains dans les poches, claquant des talons sur le carrelage blanc, poussant sans ménagement les portes chromées qui défilaient les unes après les autres, jusqu’à parvenir enfin dans une longue pièce, tout aussi blanches, aux meubles métalliques. Sur une des tables glacées, le corps de leur victime reposait, la peau froide, bleutée, flasque. Les yeux semblaient sortir de la chair à vif du visage déchiqueté, on n’avait pu refermer les paupières. Non loin, Peter était déjà là, griffonnant sur son calepin, le cigarillo aux lèvres comme à son habitude. Juste derrière, une femme d’âge mûr se lavait les mains, en blouse, les cheveux coupés ras, hérissés en pointes violettes. Sur sa nuque s’étirait un long lézard noir, dernier vestige de la période punk de ses seize ans. Cameron Besh, le médecin légiste, se retourna pour accueillir l’inspecteur.

 

« Tu arrives juste à temps Drew’. On allait commencer. Peter éteint ton cigare puant ! On ne fume pas ici, il y’a des produits dangereux ! »

 

Le concerné haussa les épaules avant de s’exécuter en laissant tomber son cigarillo dans une des poubelles à déchet humain présentes.

 

Au même instant, la porte s’ouvrit une nouvelle fois, tournant la tête, Andrew reconnu le jeune homme sur lequel il avait renversé son café le matin même. S’il l’avait trouvé menu et frêle quelques heures plus tôt dans sa chemise impeccable, à présent, vêtu d’un simple t-shirt qui révélait parfaitement les multiples dessins de son torse, Andrew réalisait qu’il jouissait d’une musculature fine mais superbe susceptible de faire fondre d’envie n’importe quelle femme. A la lumière, son visage paraissait encore plus merveilleusement beau, d’une finesse droite et noble à la blancheur d’ivoire, éclairé par deux prunelles marines. Sa blondeur resplendissait d’éclats d’argents, retombant en désordre structuré sur son front lisse et haut, balayant de temps en temps son regard océan de fragments métalliques. Sous le nez fin, parfaitement proportionné, sa bouche se pinçait d’une moue boudeuse, presque hautaine, rosée et gonflée, jurant presque de féminité avec le carré de sa mâchoire. Puis venait le cou gracieux, la pomme d’Adam saillante qui allait et venait à chaque fois qu’il avalait sa salive, le détachement des clavicules, juste au dessus du col en V du t-shirt serré qui descendait le long de son torse, jusqu’à se fermer enfin sur ce qui ressemblait à un départ de cicatrice. Il vint à leur rencontre d’une démarche féline, presque langoureuse amplifiée par la forme en cigarette du jean noir qui habillait ses hanches.

 

«  Ferme la bouche, tu baves… » Chuchota discrètement Peter à son collègue qui sursauta avant de le foudroyer du regard.

 

«  Crétin ! »

 

Cameron ne sembla guère ravie de voir un nouveau spectateur débarquer dans sa salle. Sans doute à cause de l’apparence bien jeune dont il jouissait le prenait-elle pour un étudiant venu assister à une autopsie –Scotland Yard formait de temps à autre les étudiants en sciences criminelles– et ce genre de visite la ralentissait trop à son goût dans son planning de travail.

 

« Vous êtes prévenus, une fois lancée je ne m’arrête pas ! Ne comptez pas sur moi pour vous attendre si vous partez dégobiller !

 

- Ne vous en faîte pas pour moi » Lui assura le jeune homme. « J’ai l’habitude. S’il vous plait, j’ai besoin d’un maximum de détail sur l’assassin. Quelle main il a utilisé, combien de temps a-t-il mit avant de porter le coup fatal, ses coups étaient-il francs ou bien hésitants, tremblants… »

 

Le discours rassura immédiatement le médecin légiste qui s’empressa de faire claquer ses gants en latex sur ses longues mains aux ongles noirs où brillait une alliance avant d’ajouter une paire de lunettes de protection. Resté en arrière, Peter et Andrew échangèrent un long regard amusé, se souvenant sans échanger le moindre mot de leur conversation de ce matin dans la voiture. Ainsi le voilà donc… Le profiler !

 

« Pas de signe de lutte, pas d’hématomes apparents… »

 

La voix du médecin légiste sortit à nouveau Andrew de ses pensées qui reporta son attention sur le cadavre étendu devant lui. Du doigt, Cameron pointa une blessure à la gorge.

 

« Il s’agit sans doute de ce qui l’a tué. Les blessures au visage, par contre, n’ont pas saigné. Elles ont été réalisées post-mortem…

 

- Avec quel genre d’arme a-t-il été saigné ? » Demanda Peter.

 

« Difficile à dire… La blessure n’a pas le profil de celles rencontrées avec les armes tranchantes habituelles… On dirait plus une déchirure. Mais elle n’est pas due à la morsure d’un animal non plus. Je pense confier ce problème à l’expertise, parce que là j’avoue être à court d’idée ! Sans doute l’assassin a-t-il utilisé une arme artisanale… En tout cas, l’outil n’a rien de conventionnel, je suis formelle là-dessus !

 

- A quand remonte le décès ?! 

 

- Entre 2 et 3 heures du matin, plus vers 2 heures je dirais. Mais il a fait tellement froid cette nuit que je ne pourrais guère être plus précise j’en ai peur ! »

 

A cette nouvelle Andrew frissonna. Il ne se souvenait pas bien de la soirée de la veille mais il lui semblait avoir quitté les bureaux vers les deux heures du matin. Le reste de l’autopsie se déroula malheureusement sans leur en apprendre davantage.

 

 

Un peu plus tard, l’équipe que dirigeait Andrew se retrouvait devant le grand tableau blanc qui leur servait à organiser les faits. Plusieurs hommes en chemise blanche parfois ornementée d’une cravate, tous concentrés, le stylo prêt à servir sur la page blanche de leur calepin ouvert à plat sur leurs genoux. Andrew se tenait négligemment appuyé contre le meuble le plus proche, triturant entre ses mains une cigarette éteinte. A sa droite Peter attendait le début, déjà prêt à intervenir avec une pile monstrueuse de documents. Les hommes de Scotland Yard ne les quittaient pas des yeux en silence. Jugeant qu’ils semblaient tous en état de l’écouter, Andrew commença donc son briefing.

 

« Bien. 19h00, hier soir, la victime sors de son lieu de travail sur Piccadilly. D’après le témoignage de ses collègues, il est sortit dîner avec eux sur Victoria Street. Toujours d’après leur témoignage, il les a quittés sur les coups de 23h. Besh estime que la victime est morte entre 2 et 3 heures du matin. Question ! Qu’a-t-il bien pu faire entre 23h et l’heure de sa mort, sachant que Victoria Street n’est pas à deux rues du lieu du meurtre ?! »

 

Long silence concentré dans la pièce. Au premier rang, un homme d’une trentaine d’année, coiffé court dans un costume aussi sombre qu’impeccable leva timidement la main.

 

« La victime possédait-elle une voiture ?! »

 

Andrew haussa les épaules en signe d’ignorance avant de se tourner vers son adjoint qui plongeait déjà dans sa montagne de paperasse, au risque d’y mettre le feu avec le nouveau cigare qu’il venait d’allumer. Une longue minute s’écoula où seul le bruit de papier que l’on froisse se fit entendre.

 

« Affirmatif ! Une Toyota bleue, immatriculée à Londres, de 1999 !

 

- On peut donc rayer l’hypothèse que notre homme ai, comme moi, raté le dernier bus hier soir…

 

- Pas étonnant Drew’, j’ai quitté le bâtiment à 20h et tu ronflais encore comme un bébé. Cela dit, on ne peut pas entièrement conclure là-dessus. Il pouvait très bien avoir laissé la voiture à sa femme et prévu de rentrer en bus.

 

- Effectivement. On n’a pas encore interrogé la veuve, Cooper, Hallan, je vous charge de ça ! Le rapport sur mon bureau ce soir ! »

 

Deux autres hommes placés un peu plus loin hochèrent la tête d’un seul mouvement. Peter remit en ordre ses documents puis, après avoir tiré une longue bouffée malodorante, prit une nouvelle fois la parole.

 

« L’assassin a put le séquestrer quelques heures. Après tout, il l’a tué en lui déchirant la gorge comme une bête, on n’est pas à un acte de barbarie près… 

 

- Tu oublies l’absence de signe de lutte sur le corps de la victime ! » Lui rappela Andrew.

 

A cet instant, une silhouette se laissa tomber à terre depuis le bureau sur lequel elle était assise. Cette longue silhouette argentée aux hanches fines qui appelait son regard comme un aimant.

 

« Je peux dire un mot ? »

 

Il eut un mouvement comme pour lui répondre, mais Peter le devança, s’adressant à toute la salle.

 

« Messieurs, je vous présente Shalys Cole, il nous vient de New York. C’est un profiler ! 

 

- En fait tu savais déjà tout ça toi ? » Chuchota Andrew, lui manifestant tout son étonnement.

 

« Pourquoi t’es jaloux ? Tu veux son numéro de téléphone aussi ?!

 

- Crétin ! »

 

Sans prêter attention aux échanges à mi-voix des deux inspecteurs, le jeune homme s’empressa de venir se placer sous la dizaine de paires de yeux qui le suivaient, brillant d’une lueur de respect et de méfiance craintive. Ici, les profiler avait la malheureuse réputation d’être aussi dérangé que les psychopathes qu’ils s’échinaient à comprendre.

 

« Pour l’instant, je dispose de bien trop peu d’élément pour que ma théorie puisse me convaincre entièrement. Je ne peux qu’avancer quelques hypothèses –que je jugerais bien fondées- sur le profil psychologique de l’homme que nous recherchons. Oui, pour commencer, je suis sûr à 99% que notre tueur est un homme. La mort a été donnée de manière très brutale, et nous savons que l’assassin a prit le temps de voir sa victime mourir puisqu’il lui a infligé de nouvelles blessures post-mortem. Ce sont deux caractéristiques qu’on ne verra pour ainsi dire jamais venir de la part d’une femme. Les femmes se révèlent être en générale des tueuses habiles qui répugnent à l’idée d’affronter la mort face à face. Qui de plus est, la suite de mon étude sur ce cas, confirme cette première hypothèse. J’ai beaucoup réfléchit, j’ai vraiment été très intrigué par la manière dont notre tueur a porté le coup fatal. Il a carrément égorgé le pauvre homme, comme aurait pu le faire une bête. La mort a été terriblement rapide, je pense que la victime n’a même pas eut le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Mais concentrons-nous sur le plus important : l’absence totale de preuves susceptibles d’incriminer qui que ce soit comme une emprunte, une fibre d’ADN… Essayez d’imaginer un peu le genre d’homme qu’il est. Sa victime choisie, il fond sur lui comme un animal et l’égorge avec une violence telle que sa cible perd la vie en quelques minutes à peine. Puis, une fois l’acte terminé, il prend le temps d’effacer ses traces avec suffisamment de calme et de self control pour ne rien oublier. Notre homme n’a pas commis la moindre erreur. Nous avons affaire à un sociopathe. Je ne pense pas me tromper sur cet élément là non plus. Il est clair que notre homme n’a pas agit sous le coup d’une impulsion comme la plupart des psychopathes traditionnels. C’est un homme dépourvu de sentiments, incapable de ressentir la moindre sensation humaine comme ne serait-ce qu’un peu de pitié ou de remord. Une fois son forfait accomplit, il efface ses traces et s’en va reprendre une vie normale jusqu’à la prochaine psychose. Je peux même aller plus loin –le temps me dira si j’ai raison- je pense même avoir comprit la manière dont il tue. Vous ne savez pas ce que notre hommes a fait de 23h jusqu’à 2 heures du matin ? Je crois le savoir. Pour commencer, je suppose que la victime, n’a pas réussit à se garer en centre-ville et qu’une bonne demi-heure de marche, au minimum, sépare Victoria Street de son véhicule. Maintenant mettons nous en situation. L’homme sort du restaurant, il est tard, il fait nuit, très froid, le brouillard enveloppe tout Londres de son aspect le plus lugubre. La victime l’ignore sans doute, mais elle est suivie depuis des jours déjà. L’assassin connait par cœur ses habitudes. C’est un chasseur, et ce soir il va passer à l’acte de la manière la plus vicieuse qui soit. La cruauté de notre homme ne réside pas dans la manière dont il achève ses victimes, non, mais plutôt dans son jeu de prédateur bien décidé à s’amuser pendant des heures avec sa proie. Il va commencer à donner quelques signes de sa présence lorsque la victime se sera suffisamment éloignée du restaurant. A mi-chemin je pense entre la voiture et le restaurant, pour que celui qui est traqué ne puisse se réfugier ni dans l’un, ni dans l’autre. La victime se retrouve plongée en plein cauchemar. Elle ne peut rien faire. Qu’elle se dirige vers sa voiture ou vers le centre-ville, elle sait qu’elle se fera attaquer avant qu’elle n’atteigne le moindre refuge. Elle va donc chercher à gagner du temps. Elle va interpeler celui qui la suit. Appeler à l’aide même. Elle va courir à travers les ruelles. Ce petit jeu va durer des heures, l’assassin, qui connait bien son terrain de chasse, le poursuivra tout en l’empêchant d’approcher les zones susceptibles de le dérober à sa partie. La victime finira par comprendre qu’elle n’a pas la moindre chance. Ceci dit, dans notre cas, il semblerait que l’homme ait tenté un dernier espoir avant de mourir…

 

- Scotland Yard… » Murmura Andrew.

 

« Oui, il a espéré pouvoir atteindre Scotland Yard et y trouver un gardien de nuit. Malheureusement, l’assassin avait sans doute songé à cette éventualité et a mit fin à sa chasse avant. »

 

Un malaise silencieux plana brusquement dans la petite salle. Tous les membres de l’équipe chargée de cette enquête songeaient, sans oser l’avouer, à la même chose. Si Shalys ne se trompait pas et que l’hypothèse d’un tueur en série se révélait exacte, alors ils allaient devoir affronter d’autres meurtres aussi macabres que le premier.

 

« Un cadavre ça te suffit pas, il t’en faut déjà d’autres ?! Ah ces ricains… Leur en faut toujours plus ! » S’exclama Peter, sans doute dans le but de détendre l’atmosphère.  

 

Raté. Shalys le fusilla du regard et après son long speech sur la manière de tuer de l’assassin, cette menace silencieuse avait de quoi donner des sueurs froides. Et Peter ne semblait pas être le seul à ressentir cette angoisse sourde sous l’incendie glacial de ces prunelles bleutées, tous les hommes présents étaient brusquement devenus nerveux. Andrew réalisait qu’une sorte d’aura sombre venait de s’abattre sur eux et quelque part, il lui semblait qu’elle ne lui était pas inconnue.

 

 

Le même genre d’aura terrifiante que celle de l’inconnu à la main gantée … Se rappela-t-il brusquement.

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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre II

  • Shévivia mailto

    jeu 17 sep 2009 19:52

    Waw!! super le suspens! j'attend la suite avec impascience!

  • nade

    lun 07 sep 2009 14:05

    Chouette chouette tout ça Vivement la suite 8'D

    <3

  • Choupamelle

    sam 25 jui 2009 00:56

    J'aime vraiment ton histoire, ce n'est que le début, mais elle est réellement captivante et c'est l'une des mieux écrites que j'ai pu lire jusqu'à maintenant...J'ai vraiment hâte de lire le prochain chapitre, qui, je suis sûre, sera tout aussi palpitant que les deux premiers (et hop, un petit coup de pression, un!
    Bref, je n'ai qu'une question: A quand la suite???????? *air désespéré* =)

  • L'ange noir

    jeu 09 avr 2009 13:23

    J'adore tonn histoire mais c'est quand que tu la continue ,vivement la suite

  • Katsura

    dim 29 mar 2009 11:45

    c'est quand la suite ? ton histoire est super interessante

  • Mizanam

    dim 15 fév 2009 23:03

    Aaah depuis le temps que fallait que je lise le chapitre II ! Franchement extra, on dirait vraiment que t'as lu une tonne de polar pour arriver à décrire ce genre de scène avec autant de précision. Vraiment, j'adhère !

    Hâte de lire la suite, qui, je suis sure, sera tout aussi prometteuse !

  • kso

    lun 09 fév 2009 10:01

    excellente ton histoire =) jadore ! ^^

  • Ewa

    lun 02 fév 2009 21:24

    !!! très constructif je sais ^^ mais y a rien à dire c'est génial!

  • marion

    dim 01 fév 2009 15:03

    Brrrrrrr...Fait froid dans le dos le shalysounet...profiler,tueur en série...telle est la question!Sinon Peter me plait de plus en plus,c'est un bon gars
    A bientot.

  • maryne

    ven 09 jan 2009 20:01

    j'adore ce chapitre, et ce Shalys me plait bien aussi, déjà par le fait qu'il soit profiler ! ! ! la façon qu'il a de dire ses hypothèses ... j'ai accroché !!!
    je suis impatiente de savoir ce qu'il va se passer entre lui et andrew et l'affaire sordide qu'ils vont devoir résoudre !!!!
    ton histoire me plait , c'est tout ce que j'aime
    vivement la suite !!!
    en tout cas prends ton temps pour l'écrire et bon courage !!!!


 

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